Après le déluge…
Après un départ de Rennes vers 9h du matin dans un brouillard à couper au couteau, je commence à trouver la pluie du côté de Niort. Plus je descends vers le Sud, plus la pluie s’intensifie et, arrivé à Bayonne, je suis accueilli par des trombes d’eau. Ma destination est Ispoure, juste à côté de Saint-Jean-Pied-de-Port mais la 2x2 voies que je dois emprunter pour m’enfoncer dans le Pays Basque est recouverte par une pellicule d’eau de quelques centimètres. Je me retrouve donc sur une voie rapide à rouler à 60km/h. Même si je suis pressé d’arriver, l’accident que j’aperçois dans la direction opposée incite à la prudence, d’autant que les véhicules des pompiers qui me dépasse laisse supposer qu’il doit y en avoir un autre plus loin. Heureusement, le GPS m’indique de sortir à la prochaine bretelle. Je dois dire que ça me va parfaitement! Les routes secondaires sont souvent moins fréquentées que les grands axes et surtout sont limitées à 80km/h. Le danger dans ce genre de circonstances vient surtout des enragés qui roulent comme s’il faisait beau.
Par chance, la pluie semble enfin se calmer. Les trombes d’eau incessantes se sont lentement transformées en une fine pluie intermittente. Je peux mieux apprécier le paysage qui m’entoure et surtout, ma crainte que ce temps pourri ne s’installe durablement s’efface à mesure que je me rapproche de mon but. J’arrive enfin à destination, un peu avant 17h, après que le GPS m’a envoyé à travers les collines pittoresques pour éviter St-Jean-P-d-P. La propriétaire m’attendait patiemment dans l’entrée du garage, à l’abri des quelques gouttes qui tombaient encore. Elle avait un téléphone sans fil vissé à l’oreille, et il m’était impossible de comprendre un traître mot de sa conversation. Elle me dit alors avec un sourire : “J’étais au téléphone avec ma fille. On se parle toujours en basque.” Là, pas de doute, je suis bien arrivé à destination.
Le petit appartement est situé au RDC de la maison. C’est une de ces maisons basques assez hautes et massives, un peu cubique avec 2 étages où les gens vivent, et un RDC qui sert le plus souvent de garage, d’atelier ou de débarras. Une partie de celui-ci avait été aménagé en 3 pièces : une chambre, un petit salon TV et la pièce principale avec la cuisine/salle à manger/ entrée et une petite salle de bain.
La propriétaire avait tout ouvert afin d’aérer. De fait, il faisait super froid dans l’appartement : 15 degrés tout au plus. Le seul chauffage se trouvait dans la plus grande pièce, autant dire que je croisais les doigts pour qu’il ne fasse pas trop froid en cette fin octobre.
Je décharge mes bagages rapidement et m’empresse d’aller au supermarché le plus proche pour me ravitailler avec tout le nécessaire. Après la longue route éprouvante et surtout les derniers 200 kilomètres qui m’ ont semblé interminables, je ne pense qu’à une chose : manger quelque chose de nourrissant, me reposer pleinement et préparer ma première sortie.
J’avais en tête d’aller à un endroit que je savais à une trentaine de minutes de ma location, pour l’avoir visité quelques années auparavant avec ma compagne Béa. C’était durant le mois de juin 2022. Il faisait extrêmement chaud et humide cette année-là, et le cours d’eau que nous avions remonté jusqu’à sa source n’était guère impressionnant. L’ endroit m’avait cependant semblé recéler un potentiel photographique: la forêt qui longe le ruisseau, la pente assez raide indiquait qu’à la bonne saison il devait y avoir des cascades… et surtout je savais que la première partie serait facile. C’était donc la sortie parfaite pour se remettre en jambes. J’espérais bien sûr avoir quelques feuillages dorés ou rouges en cette fin octobre, et peut-être même un peu de brouillard ou de brume. Je prévoyais donc de me rendre au lever du jour à Arla et de remonter le cours de la Bidouze jusqu’à une cascade que j’avais repérée 2 ans auparavant quand ce n’était qu’un filet d’eau qui courait entre les roches. Mais avec la pluie du jour, j’espérais bien la voir déchainée.
Géoportail m’indiquait un dénivelé d’un peu plus de 300 mètres et un aller-retour de moins de 3 heures. Bon, sachant que je m’arrête tous les 50 à 100 mètres dès que mon œil est attiré par quelque chose, que ce soit pour faire une photo ou simplement pour observer ce que ça donne à travers l’objectif.
Si vous saviez le nombre de fois où je m’arrête pour rien, juste pour regarder s’il n’y a pas une photo à faire. Je pense que je dois intriguer les gens quand il me voit au loin, plier les genoux, faire un pas à gauche puis à droite, me redresser, lever l’appareil au-dessus de ma tête, reculer etc... Ils doivent se demander quelle mouche m’a piqué.
Bref, tout ça pour dire qu’en fait de 3h, il me faudrait au moins 6h pour faire l’aller-retour.
Avant de me coucher, je vérifie l’heure du lever de soleil et à ma grande surprise, celui-ci se lève une heure plus tôt. J’avais oublié avec le stress engendré par cette journée de voyage, que nous passions à l’heure d’hiver!