Sur la route du Col d’Orisson
Comme je m’étais dit qu’il valait mieux alterner deux jours de marche avec une journée moins “sportive”, afin de préserver mes articulations vieillissantes et de ne pas m’épuiser. Je monterai donc demain, en voiture, sur la route du Col d’Orisson qui est le principal chemin vers Compostelle au départ de Saint-Jean-P-d-P.
J’avais trouvé ce point de vue lors de mon dernier séjour. La première fois, j’avais tenté de me garer sur le parking du refuge, situé non loin de ce spot, mais le propriétaire (ou gérant) m’avait fermement intimé l’ordre de dégager en me disant que c’était réservé à la clientèle. Je lui avais répondu que je consommerais avec grand plaisir dès que j’aurais pris quelques photos. Il m’avait répondu un “NON!” ferme et définitif, bien que le parking fût totalement vide, à l’exception de nos deux véhicules. Je n’avais pas insisté : on ne discute pas avec avec un basque mal réveillé! C’est la base.
Cette fois, je suis allé directement là où j’avais dû me garer 2 ans plus tôt. C’est à dire dans l’entrée d’une prairie situé juste en face de mon panorama. Je pouvais donc, dans l’éventualité où le propriétaire arrivait, déplacer ma voiture dans la minute. Mais avant de l’atteindre, il m’avait fallu parcourir les 8 km qui me séparaient de ce point de vue, de nuit, sur une route très étroite, taillée à même la montagne avec, d’un côté, un ravin d’une bonne centaine de mètres, et de l’autre, un talus abrupt qui laissait apparaitre des roches saillantes. Autant dire que croiser un véhicule était difficile, voire impossible à certains endroits. De plus, à l’heure à laquelle j’étais parti, le brouillard enveloppait encore Saint-Jean, comme quasiment tous les matins. C’était donc avec prudence que je m’engageais sur la sinueuse “route Napoléon” qui monte au col. Pour avoir emprunté cette route à plusieurs reprises la dernière fois, je savais que le brouillard s’amenuiserait en montant. Celui-ci se concentrant essentiellement dans les vallées, il disparaîtrait même complétement au-delà d’une certaine altitude. En revanche, il m’était impossible de déterminer à quel moment cela allait se produire. Fort heureusement, arrivé dans la section la plus dangereuse, il s’était totalement dissipé. Pour compléter le tableau, mon autre source d’inquiétude était les pèlerins, parce qu’eux aussi partent avant le lever du jour, et il sont légion, même en cette saison !
Un de mes objectifs du jour était de filmer le lever du soleil sous forme de time lapse, en accéléré dirait-on en bon français. Voilà ce que cela donne :
Pendant que mon Osmo Pocket filmait ce time lapse, je pouvais photographier à loisir ce paysage somptueux, avec en prime le lever du soleil et une inversion (mer de nuages). J’étais sur un nuage, si je puis dire !
Il est des jours comme ça où les planètes s’alignent mais, pour être honnête, cela n’arrive pas si souvent. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’on les apprécie d’autant plus. Et comme j’allais rapidement le découvrir, ça ne dure pas. C’est pourquoi il faut savourer quand cela se produit et, ce jour-là, je m’en suis délecté. J’ai passé plus de 3h sur le bord de cette petite route à observer les changements de lumière, et comment le paysage changeait sous l’influence des conditions météorologiques. Et cerise sur le gâteau, 5 ou 6 milans royaux sont apparus et ont volé à portée de mon 400mm, profitant des courants d’air chaud pour s’élever dans le ciel. J’ai fait quelques photos mais, malheureusement, avec la chaleur l’air se trouble, et il devient impossible de faire des photos vraiment nettes. J’ai donc posé l’appareil et juste profité de l’instant, assis au soleil sur un rocher, jusqu’à ce qu’il y ait trop de pèlerins à mon goût. Je n’ai rien contre eux, c’est juste qu’ils aiment discuter, et moi aussi à vrai dire. Mais c’est comme être au cinéma lorsque votre voisin ne cesse de commenter le film…J’ai donc repris la direction de St-Jean-Pied-de-Port pour un bon repas et une petite sieste. Ben oui, ce n’est pas l’usine quand même !