Troisième visite et un porte-filtres voilé
Comme d’habitude, je suis en avance. J’arrive sur le parking et je commence à me préparer pour descendre vers la plage. Nous avons rendez-vous aux escaliers. J’entends la porte d’un véhicule se refermer. C’est Alain qui sort de son van.
Cette fois, j’ai pris mes bottes en caoutchouc. En même temps, je n’ai plus vraiment le choix. C’est les bottes ou les sneakers. Je vais essayer de garder une paire de chaussures en bon état au moins le temps de mon séjour en Espagne.
Je salue Alain et nous nous dirigeons vers les escaliers pour faire quelques photos au lever du soleil et nous descendrons ensuite sur la plage, voir les grottes et enfin les arches.
Je vous épargne les premières photos prises depuis les escaliers, qui sont pratiquement identiques à celles que je vous ai présentées précédemment (cf. Premier lever de soleil…). En voici quelques unes prises plus tard dans la matinée alors que nous avancions sur la plage et que nous explorions les grottes.
Le principal problème fut les embruns en suspension dans les grottes. Ceux-ci venaient se coller à la lentille de mon objectif. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite parce qu’ils étaient quasiment invisibles dans la pénombre des grottes. Malheureusement, je m’en suis aperçu lorsque j’ai voulu faire des poses plus longues pour récupérer le plus de lumière possible. Tant que j’exposais pour l’extérieur, l’intérieur des grottes restait très sombre et ces micro-gouttelettes ne se voyaient pas sur les photos, c’est quand j’ai commencé à exposer pour l’intérieur que le souci est devenu évident. Le problème avec l’eau de mer est qu’il est difficile de l’essuyer sans faire de traces. Résultat : beaucoup de photos ont fini à la poubelle. Mais le pire était à venir. Je vous ai parlé de ces rochers plus glissants qu’une planche savonnée.
En sortant d’une grotte, je me retrouve confronté à un dilemme : traverser une mare qui me semble assez profonde pour que l’eau remplisse mes bottes ou bien passer par les rochers et risquer la chute? C’est Charybde et Scylla. Lequel est le pire? Je vois Alain de l’autre côté des rochers et ma décision est prise. Va pour les rochers. Je mets un pied sur le rocher le plus proche, je sens que ça glisse un peu mais je tente ma chance. Mauvaise idée… Je me retrouve sur le flanc. Pas de bobos, mais ça surprend.
Je fais une deuxième tentative sur un autre rocher qui semble avoir un peu plus d’aspérités et quelques coquillages qui pourraient servir d’anti-dérapant. Je pose le pied gauche, cette fois ça ne glisse pas. Je lève le pied droit et là ça ne tient plus. Je tombe lourdement sur le côté, mon appareil que j’ai à la main vient taper le rocher au niveau de l’objectif, et le filtre que j’ai sur ce dernier finit au pied du rocher. Je dois préciser que j’utilise des filtres magnétiques. Ils se mettent et s’enlèvent très facilement de leur support qui, lui, est fixé à l’objectif. Et comme souvent en bord de mer, j’ai mis un polarisant pour atténuer les surbrillances liées aux reflets sur l’eau, le sable humide, les rochers…
Je me relève un peu vexé quand même, et je me rends compte que le filtre a sauté. Je le récupère dans le sable. Heureusement ils ont un traitement anti-rayures, et après l’avoir nettoyé, je le replace sur le porte-filtres. C’est là que je m’aperçois que celui-ci est tordu. Impossible de repositionner le filtre correctement. Pas terrible comme début de séjour: une paire de chaussures et un porte-filtres. Pour finir, je suis passé par la mare et je n’ai pas eu une goutte d’eau dans mes bottes!
Je montre à Alain le chemin jusqu’aux arches. Jeanne, sa femme, nous a rejoint. Nous faisons quelques photos mais la lumière n’est pas exceptionnelle et il commence à y avoir vraiment beaucoup de monde. Nous sommes mardi mais on se croirait dimanche.
Nous décidons qu’il est temps d’aller boire un café, quand nous voyons un bus déverser l’équivalent de 2 équipes de foot, remplaçants et staff inclus dans les escaliers menant à la plage.
Nous finissons au café de la plage comme la dernière fois. Ils continuent leur périple en direction de la France maintenant. Moi, comme le temps est couvert cet après-midi, je vais aller voir une cascade dans l’arrière pays, qui n’est qu’à une demie-heure en voiture.
Après un plat de pâtes, une bonne sieste et un café, je pars donc en direction de Ribadeo pour longer la ria jusqu’à Vegadeo, qui se trouve dans les Asturies. La ria fait office de frontière entre les deux régions. Après Vegadeo, les routes se rétrécissent, et deviennent plus tortueuses. Après Samagán, il n’y a plus de village, que des lieux-dits avec quelques maisons. La route devient encore plus étroite et maintenant monte en lacets à travers une forêt. L’altitude n’est pas très élevée mais les pentes de ces vallées sont assez abruptes. J’arrive enfin au parking que j’avais repéré sur google maps. Je m’attendais à voir des voitures mais le parking est totalement vide.
Je descends par un chemin étroit mais bien tracé. A peine quelques pas, et j’entends déjà le fracas de la chute d’eau. Je vois rapidement apparaitre des toitures en ardoises ou en lauzes, de ce qui semble être des maisons en pierre. Le chemin m’entraine entre deux maisons, Il y a un petit canal avec un petit pont de planches en mauvais état.
Autrefois, la région regorgeait de lieux comme celui-ci. Souvent liés au travail du fer, ces installations étaient attenantes à des structures plus importantes qui traitaient le minerai brut, les mazos s’occupaient, eux, de lui donner une forme de lingot par exemple, et de le débarrasser de ses scories. La troisième étape était la forge. Ces installations fonctionnaient uniquement avec la puissance du cours d’eau sur lequel elles avaient été bâties.
Le chemin me mène maintenant entre le moulin à aubes et la rivière Suarón pour arriver enfin à la cascade. Je vais y passer un petit moment même s’il est prévu qu’il pleuve un peu. Je pensais faire des photos depuis la rivière mais il s’avère qu’elle est trop profonde. Je dois donc me contenter des angles depuis la rive sur laquelle je suis. Par chance, il y a un rocher accessible qui s’avance dans l’eau vive. Il n’est pas très large mais comme j’ai l’intention de positionner mon trépied dans l’eau, appuyé contre la roche, j’ai la place pour me tenir accroupi ou assis. Cela me permet de recentrer la cascade dans ma composition.
La pluie arrive, et mon expérience du matin avec les rochers mouillés me fait revenir sur la rive. Je fais quelques photos que je n’ai pas finalisées à ce jour. C’est à dire qu’elles sont encore à l’état brut, dans le format natif de mon appareil photo. C’est le format le plus neutre possible : peu de contraste, de saturation des couleurs… bref, elles sont plates, sans relief. C’est comme un met sans assaisonnement, une salade sans vinaigrette, il en faut mais pas trop.
Pour demain, j’ai un programme très différent. Je m’en vais voir un banc situé à 1h20 de route à l’ouest de Ribadeo. Eh oui, un banc!