L’Okabe (1456m) et ses cromlechs

Après les mésaventures de la veille, j’avais décidé de retourner sur le plateau d’Iraty-Cize pour, cette fois, aller jusqu’au sommet de l’Okabe.

J’avais emprunté une partie du chemin qui y mène 2 jours plus tôt, en redescendant de ma boucle, et j’y avais repéré des arbres dont les formes m’avaient “tapé dans l’œil”. Bien que sachant que la lumière dure de l’après-midi et l’air plus chaud s’élevant du plateau ne permettraient pas d’obtenir de bons résultats, j’avais quand même pris quelques photos afin d’avoir une idée plus claire du cadre et du rendu de ces arbres. Après les avoir examiné sur un écran d’ordinateur, j’en étais arrivé à la conclusion que cela vaudrait la peine de s’y arrêter de nouveau mais, cette fois, avec les températures du matin et en lumière réfléchie, donc avant que le soleil ne se lève au-dessus des montagnes.

Ce matin-là, je suis donc parti de mon logement vers 7h. Le plein jour étant vers 9 h, le temps que le soleil passe au-dessus des montagnes, j’avais un peu de marge. Le thermomètre de la voiture indiquait 7°C et, comme souvent, le brouillard enveloppait les environs de Saint-Jean. A ma grande surprise, les températures augmentaient à mesure que je gagnais de l’altitude. Arrivé au col de Burdincurutcheta (1141m), il faisait 12°C ! Mais en redescendant vers le plateau d’Iraty-Cize, elles se sont mises à chuter. Alors que j’atteignais l’endroit où j’avais prévu de me garer, il ne faisait plus que 5°C ! Autant dire que j’allais commencer cette sortie bien couvert !

J’ai donc attaqué cette sortie à l’aube, par le bois de hêtres que j’avais repéré quelques jours plus tôt, équipé de ma frontale, avec plusieurs couches de vêtements, et des gants. Mes genoux avaient souffert sur ce sentier en le descendant, mais cette fois ce sont mes poumons qui, les premiers, m’ont réclamé une pause. J’en ai profité pour faire quelques photos que vous pourrez voir dans la vidéo qui suit.

Durant la deuxième partie de ma montée vers l’Okabe, j’ai bien cherché quelques photos mais la lumière ne s’y prêtait pas. Le soleil qui filtrait à travers les hêtres formait des zones de surexposition difficilement gérables. Le chemin était en revanche très agréable, mais je n’ai rien filmé dans mon empressement à gagner le sommet. Après coup, je regrette de ne pouvoir vous montrer cette partie de ma sortie mais, question vidéo, je n’ai pas encore forcément les bons réflexes. Mais c’est ainsi ! Et sur le moment, j’étais surtout heureux d’être seul et de profiter de cet endroit magnifique et apaisant. Enfin, pas totalement seul, car au bout d’un moment, j’ai commencé à entendre au loin, plus bas derrière moi, des tintements de clochettes et des sifflements. Et à mesure que j’avançais, les tintements me rattrapaient. J’ai d’abord pensé à un troupeau de moutons qui montait vers les pâturages situés plus haut. Mais j’avais beau me retourner à intervalles réguliers, il n’y avait aucune brebis en vue. Au bout d’un moment, les clochettes n’étaient plus derrière moi mais sur ma droite, dans la forêt. Je les entendais toujours mais, maintenant, elles semblaient être au-dessus du GR.

C’est au sortir de la forêt, en arrivant dans une lande, que l’explication m’est apparue. Un chasseur vêtu de kaki, fusil cassé sur le bras, marchait d’un pas alerte sur un sentier qui rejoignait le GR. Les trois chiens qui l’accompagnait couraient en tous sens, disparaissant au milieu des fougères orange, pour ressortir plus loin d’un fourré, faisant sonner les clochettes qu’ils portaient autour du cou.

Je n’ai pas une grande expérience des chasseurs mais les gens armés me rendent un peu nerveux, surtout quand ils sont entourés de chiens en liberté. Il était évident que nos chemins allaient se croiser. Il m’était donc impossible d’échapper à cette rencontre ! Je me suis donc affublé de ce que j’espérais être mon sourire le plus avenant et lui ai lancé un grand “bonjour !” enjoué. Il m’a retourné mes salutations avec un fort accent basque, l’œil circonspect et le visage fermé. C’est ma troisième visite au Pays Basque, et par expérience, je sais qu’il en est souvent ainsi avec les hommes du cru et je ne m’en offusque plus. Ce n’est d’ailleurs pas propre aux Basques. Il s’agit juste d’une méfiance prudente à l’égard des inconnus, que l’on trouve aussi dans nos campagnes isolées, mais qui se dissipe dès lors que la personne comprend que vous n’êtes pas là pour lui causer des problèmes. Nous faisons donc un bout de chemin ensemble. Je le déride un peu en lui demandant sur le ton de la plaisanterie si je n’allais pas me faire tirer dessus en montant à l’Okabe. Il me dit que c’était sans risque parce qu’il partait dans vallée sur notre droite pour chasser la bécasse, d’où les clochettes au cou des chiens…

Nous cheminons ensemble sur une centaine de mètres en direction d’un petit bois. Il m’interroge sur les motifs de ma présence au Pays Basque en cette saison, et sur le type de gibier qu’il y a en Bretagne. Cela peut vous étonner mais, même si je ne connais pas vraiment les chasseurs, je sais ce qu’ils chassent dans les forêts domaniales autour de Rennes. Mais plus important encore, quand ils chassent. Question de survie ! Merci à l’O.N.F. qui édite des cartes à ce sujet ! Et soudainement, il me souhaite une bonne journée et part à travers bois, entouré de ses chiens.

Après encore un gros raidillon, j’arrive sur une prairie avec au loin, sur ma gauche, une formation rocheuse : l’Okabe ! Une fois là-haut, les vues sont superbes mais le vent y est glacial, donc je ne m’y attarde pas et passe sur l’autre versant afin de m’abriter. Mon second objectif est atteint. Le premier était de photographier les arbres plus bas, il me restait encore à atteindre les cromlechs pour compléter cette journée. J’y suis arrivé un quart plus tard, en compagnie d’un petit groupe de marcheurs en provenance de la Manche, qui m’avait rejoint lors de ma pause. Arrivés au premier cercle de pierres, tous sortent leur téléphone pour faire des selfies. En voyant leurs multiples tentatives pour se prendre en photo tous ensemble, je me dis que nous allons y passer la journée. Je leur propose donc de prendre une photo du groupe avec un des téléphones pour qu’ ils puissent reprendre leur route. Maintenant, j’ai les cromlechs rien que pour moi ! Après avoir exploré le plateau sur lequel ils sont situés, je suis un peu de déçu, comme vous avez pu le constater dans la vidéo. Rien de vraiment impressionnant qui vaille la peine de se lever au milieu de la nuit !

Les panoramas en revanche sont vraiment sympas et seront peut-être l’objet d’une prochaine sortie, ou d’un prochain séjour. Je commence effectivement à me dire que ce séjour tourne d’avantage à l’exploration, à un repérage, plutôt qu’à un véritable voyage photos. Je réalise que, bien que cela soit mon troisième séjour au Pays Basque, je connais assez mal la région. Il y a une grosse différence entre faire des recherches sur internet et arpenter les chemins. Et à moins d’avoir de la chance, les probabilités que les conditions soient réunies pour réaliser une excellente photo sont assez minces. Il y a tellement de paramètres : trouver des lieux photogéniques, voir leur accessibilité (temps de marche nécessaire), avoir la bonne lumière donc y être à la bonne saison, et à la bonne heure (orientation du soleil par rapport au sujet), et avoir les conditions météo adéquates… Il y a certes des outils aujourd’hui pour planifier un voyage photo : Google Earth, Géoportail, Photo Pills, etc… ils sont utiles pour se faire une idée, mais en vérité, bien souvent les meilleurs plans s’effondrent quand ils sont confrontés à la réalité du terrain.

Capture d’écran Géoportail

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Parfois, ça craint!