Si le sommeil te fuit …
Cette fois je me suis levé au milieu de la nuit. Je ne l’ai pas vraiment décidé, c’est juste comme ça. Avec les années, mon rythme s’est décalé. De l’adolescent qui lisait jusqu’à 2 ou 3h du matin, je suis progressivement passé au quinquagénaire qui se couche vers 21 ou 22h, pour se lever à 4 ou 5h du matin. Ça a fait de moi un piètre convive pour les dîners entre amis, parce que passées 21h, je m’éteins doucement. Je n’ai alors qu’une obsession : trouver un coin où dormir. En revanche, c’est un véritable avantage quand il s’agit d’être prêt pour les premières lueurs du jour. Mais dans le cas présent, il s’agit plus d’un réveil accidentel à 2h30 sans possibilité de me rendormir. Vous savez, quand les rouages se mettent à tourner et qu’il vous est impossible de d’arrêter le flot de pensées. Plus vous vous dîtes que vous n’avez pas eu votre compte de sommeil et plus vos chances de vous rendormir s’éloignent. C’était donc un de ces matins. A 3h j’étais debout à me préparer un café !
Comme dit l’adage : “Si le sommeil te fuit, fais des photos de nuit !” Bon, j’avoue, c’est de moi. L’idée étant juste de mettre à profit les moments où je n’arrive pas à rester au lit. Je récupérerai simplement plus tard, dans l’après-midi. J’ai donc avancé mon programme de quelques heures. Au lieu de monter au col de Bagargiak pour le lever du soleil, j’y serai pour 4h30 environ, soit une heure et demie avant le crépuscule astronomique, 3h15 avant le lever du soleil. Je n’étais pas certain de pouvoir capter la lumière des étoiles, mon objectif le plus lumineux étant un f/2.8, un objectif à f/1.4 voire f/1.2 serait certainement plus adapté mais je n’en ai plus donc il faudra faire sans.
Lorsque j’entame la partie la plus sinueuse du trajet, la nuit est totale, pas de lune, seulement la lumière des étoiles et mes phares qui percent l’obscurité. Je reste sur mes gardes car par deux fois, j’ai croisé un petit groupe de cerfs, et il est fréquent de voir du bétail déambuler, voire même, comme cette fois-ci au niveau de la Chapelle Saint-Sauveur d’Iraty, complétement endormi sur la route.
J’arrive enfin aux “Chalets d’Iraty”, au col de Bagargiak, après 45mn. Je n’étais jamais venu dans ce secteur du col, et je dois dire que je me suis un peu perdu dans l’obscurité. Plutôt que de déranger les occupants des chalets avec le bruit du moteur, je préfère laisser ma voiture le long de la route qui serpente entre les locations. Je trouve finalement un spot décent à la lumière de ma frontale, devant un chalet inoccupé. Premier problème : comment composer dans l’obscurité ? Je distingue à peine ce qu’il y a à quelques pas devant moi, alors le paysage … J’éteins ma lampe et au bout de quelques minutes, ma vision s’adapte et je commence à distinguer les montagnes qui m’entoure. Heureusement pour moi, ma frontale est équipée d’une led rouge, je vais donc pouvoir m’éclairer un peu sans m’aveugler. J’arrive tant bien que mal à trouver une composition avec encore une fois le pic d’Ohry dans le cadre. Je ne vois que les silhouettes des montagnes alors je risque d’avoir des surprises. Si seulement j’avais repéré les lieux avant !
Voici ce que j’ai réussi à faire avec mon matériel inadapté, et à titre de comparaison, je vous ai mis la photo brut de capteur avec la photo après traitement :
Eh oui, il y a une dominante orange sur la première ! Le pic d’Ohry marque la frontière avec l’Espagne et contrairement à la France, l’extinction de l’éclairage public n’est pas encore la norme de l’autre côté des Pyrénées ! De toute façon, trouver des lieux sans pollution lumineuse est juste quasiment impossible, même en France.(cf. carte ci-dessous)
Pour faire court, ça n’a pas été une réussite, dans le sens où je n’ai pas vraiment obtenu le résultat escompté. Mais encore une fois, ça a été l’occasion de faire des essais, de voir ce qui peut fonctionner avec ma configuration de matériel. Je suis donc resté là, jusqu’au lever du soleil. Ça fait un paquet de photos pour n’en garder que 2 ou 3, mais j’étais bien là-haut, dans le noir, avec mon thermos de thé, à attendre le lever du soleil. Et ça en valait la peine :
Après cette session nocturne, je sentais la fatigue me gagner. Je suis donc redescendu vers Ispoure pour me faire une petite collation et passer le reste de la journée à la location, pour faire du tri dans mes photos et une sieste réparatrice.
La veille, la fille de ma logeuse, qui doit avoir mon âge, était venue discuter un moment avec moi alors que je prenais un thé dans le jardin. Elle m’avait alors proposé les clefs d’une ancienne bergerie reconvertie en maison de campagne, dont la famille était propriétaire. En me disant que, si je voulais aller y faire un tour pour passer un moment au calme, ça leur ferait plaisir. En plus, comme personne n’y était monté depuis les pluies torrentielles de mon arrivée, cela leur permettrait de savoir si tout était en ordre. Difficile de refuser une telle proposition, je l’ai donc inscrite au programme de la fin de semaine. Le lendemain serait le jour idéal : je n’étais pas vraiment motivé par un départ à l’aube à cause de cette nuit écourtée, et en plus la météo annonçait encore du beau temps …